Histoire du Village
Moins gâté que des villages voisins sous le rapport archéologique, MARGIVAL n'en n'est pas moins antique, témoins ces quelques mystérieuses cavernes ( trous de troglodytes ) pratiquées dans la falaise de pierre au-dessous du Pont Rouge et dont l'accès n'est pas possible du niveau du sol. L'abbé de Boosère reconstruisant l'église après 1920, constata dans les terrassements, sous le maître autel à 2 mètres de profondeur, une large dalle qui reposait sur deux grosses pierres formant un support: au-dessus se trouvaient des poteries contenant des résidus d'ossements calcinés. Il se convainquit ( de concert avec le cardinal Binet ) qu'il s'agissait d'un dolmen. Ils en déduisirent qu'au travers des séquences de notre longue histoire, l'église actuelle succédait à un lieu de culte païen antérieur à notre ère. Saint Morant, au nom très peu répandu, a toujours été le patron de MARGIVAL, ceci nous amène à la première race des rois qui affectionnait le Soissonnais, au temps de Dagobert ( début du 7ème siècle ). Les annales de toute la sainte famille de Morant découlent de la chronique légendaire de la fameuse abbaye de Marchiennes, laquelle avait des propriétés dans nos régions qu'elle chérissait particulièrement parce que de là, elle en tirait son vin. Ce qui nous y rattache également, c'est que Sainte Eusébie, sœur de Morant, donna à ladite abbaye, la paroisse de nos voisins de VREGNY. Morant termina sa vie comme abbé de Marchiennes vers l'an 700. Son culte à MARGIVAL s'est annexé, comme il se doit, une fontaine sacrée, bienfaisante à l'adresse des enfants, par souvenir évident d'un miracle dont bénéficia le saint au cours de sa jeunesse. Les Margivallais ont conservé la dévotion à leur patron et ont en 1954 restitué la chapelle de la source que des hospitalités de la guerre 1914/1918 avaient anéantie. Cette fontaine fut l'objet d'un pèlerinage local très fréquenté où l'on conduisait de préférence les enfants. La féodalité provoqua le démembrement du domaine de MARGIVAL. La seigneurie qui était vassale du comté de Soissons, se partageait le terroir avec des communautés de la ville dont le chapitre de la cathédrale et surtout les abbayes de Saint Médard, Saint Paul et Prémontré. Le château n'a jamais été considérable, on en voyait encore les hauts pignons en 1914, rue d'en Haut; il abritait alors Monsieur Jozet géomètre, qui réalisa la gageure de demeurer maire 60 ans sans interruption jusqu' à son décès en 1940, record sans doute unique. Les seigneurs de Margival sont surtout connus pour leurs largesses à l'égard des couvents. En 1202-1204, le village de MARGIVAL devait être important à l'époque puisque la tradition nous dit qu'il s'y forma une compagnie d'archers qui participa à la quatrième croisade. En place ici et à Salency près de Noyon, depuis le temps de Saint Louis (1270 ) ces messieurs de MARGIVAL acquerront de l'importance avec les ans. Leurs armoiries portaient la croix d'azur chargée de 5 coquilles d'or que la commune adopta en 1954. Bien connus à Salency, patrie de Saint Médard et lieu d'éclosion des couronnements solennels de rosières, les membres portaient le titre très honorifique de sénéchaux de Noyon et maréchaux de Soissons, dignités qu'il est amusant d'expliquer et qui les dédommageait un peu de leur vassalité envers deux prélats: sénéchal de l'évêque et maréchal de l'évêque, qui avaient le droit de s'approprier le cheval harnaché et orné sur lequel le pontife faisait sa première apparition dans sa ville. Devenus grands barons, les MARGIVAL abandonnèrent le manoir de leurs ancêtres, s'étant attachés davantage à la Thiérache. Le dernier de leur nom, dont l'épouse, Jeanne de Blécourt, patronna en 1662 la publication de la première bonne histoire de Soissons, était Florimond, marquis de Magnelay, comte de Ronsoy, baron de Rollot, Signy, seigneur de MARGIVAL et de localités diverses dont l'énumération remplirait 4 lignes. Après lui apparurent d'autres gentilshommes d'épée: les Suzanne de Cardaillac, dont la résistance était d'abord le château de Terny, puis celui de Montgarny qu'ils édifièrent dans la vallée. Notons que Montgarny n'a été rattaché à la commune de MARGIVAL que par décret de 1900. Les de Suzanne, barrons de Tardenois, agrandirent leur domaine Soissonnais en y joignant les seigneuries de Montgarny, Vuillery et Braye, ce qui leur donna pleine domination sur toute l'étendue du Vallon, presque jusqu'à Crouy. En 1704, ils vendirent leurs biens de la région. Deux familles successives et non résidentes ( Le marié et Clérambault ) ont porté les titres, jusqu'à l'avènement des châtelains de Pinon. Ces derniers, nommés Dubois de Courval, magistrats attachés au parlement de Paris, affectionnés à leur princier château de Pinon, s'étaient implantés dans la vallée de l'Ailette au milieu du 17ème siècle, et en étaient venus à se créer une principauté qui s'étendait en direction de Coucy, Laon et Soissons. Trois générations se succédèrent jusqu'à la Révolution; les noms de leurs seigneuries montrent leur opulence: vicomte d'Anizy, Courval, seigneurs de Pinon, Cour d'Allemant, Noyembrie, Landricourt, Jumencourt, Crâne, Trosly en partie et il faut ajouter MARGIVAL et Montgarny. La révolution régnante, ces gros propriétaires perdirent leurs titres féodaux mais pas leurs biens car ils n'émigrèrent pas. C'est ainsi que le dernier représentant des Courval, Arthur Constant, put posséder et vendre en 1873: 1° le domaine de Montgarny à M. Alfred Dormeuil, commerçant parisien, esprit entreprenant et praticien de grand mérite 2° le dernier vestige tangible de la seigneurie de MARGIVAL, le Manoir, à M. Jozet A la fin du 13ème siècle, le village donna le jour à un poète, sorte de trouvère connu sous le nom de Nicole de Margival. Son œuvre principale a été retrouvée dans une bibliothèque de Petrograd et éditée par un Américain ; c'est une pièce de 2700 vers intitulée " le dit et la panthère ". Le poète y rapporte un songe qui est la poursuite d'une dame qu'il estime fort (il n'ose en dévoiler le nom), et sans y voir de l'ironie, lui donne toutes les grâces d'un animal qui sans doute il ne connaît pas : la panthère. DES EVENEMENTS PLUS RECENTS En 1866, création de la section de chemin de fer Soissons-Laon; elle fut la cause d'une occupation sévère des Prussiens en 1870. LA PREMIERE GUERRE MONDIALE Les plus durs combats que la région ait connus sont ceux de 1914-1918. MARGIVAL et les environs ont alors vu couler le sang pendant quatre ans sans interruption. Quelques épisodes de cette période : En Août 1914, la Belgique et le nord de la France sont envahis par les Allemands. La cavalerie de Von Richthofen arrive à MARGIVAL le 31 août. L'occupation durera jusqu'au 27 mars 1917, date de sa libération. Le 27 mai 1918, violente et subite attaque allemande; toute la région, Soissons largement incluse, est reprise par les Allemands. Le 5 septembre 1918, MARGIVAL est à nouveau libéré, le village saccagé en 1917 est maintenant rasé. Comme bien des villages, il sera reconstruit. Des années de travail patient rendront à cette région un aspect pacifique. LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE Vers 1937-1938, quelques étudiants allemands étaient apparus dans la région, des géologues en particulier, qui eurent l'occasion d'étudier la nature du sol autour de MARGIVAL. Ils allaient réapparaître en uniforme de la Wehrmacht quelques brèves années plus tard. Le 25 mai 1940, les troupes d'Hitler déferlent sur notre pays. La France est envahie, l'armée Britannique et quelques troupes de l'armée Française ont réussi à passer en Angleterre. Hitler a alors la ferme intention de continuer sur sa lancée et de traverser la Manche. Des travaux commencent à MARGIVAL dès l'été 1940. Il s'agit de construire un P.C. d'où sera commandée l'invasion prévue. Mais l'aviation Britannique veille et empêche aux Allemands cette maîtrise de l'air dont ils ont un besoin absolu. En 1941, il faut renoncer à l'invasion.
SAINT MORANT ET SON CHEVREUIL Le village de MARGIVAL possède une fontaine quasi miraculeuse à ce qu'on dit. On la trouve au bord du chemin qui part à gauche du cimetière, à environ 200 mètres. Depuis sa mort, SAINT MORANT apparaît tous les ans le jour de sa fête, le 5 mai, sous la forme d'un chevreuil ou d'une biche ( on n'en est pas très sûr car il y a souvent de la brume dans la vallée ). Mais attention , il ne se montre pas à n'importe qui: seulement aux hommes qui viennent à la fontaine avec la procession qui part de l'église ce jour-là, et qui ont été fidèles à leur femme tout au long de l' année. Il ne se montre pas aux femmes. Moyennant quoi on raconte qu'à l'occasion, un pauvre malheureux un peu myope ou distrait a été la victime du rouleau à pâtisserie en rentrant à la maison... parce qu'il disait n'avoir rien vu !
La construction du camp : Les travaux commencés par le génie allemand et continués par une entreprise de Chauny sont interrompus pendant quelques mois. Ils reprennent en 1942. 20 000 requis, appartenant presque tous au service du travail obligatoire, travailleront sur le site. Les matériaux de construction arrivent par trains entiers. Toute la région devient zone de sécurité, la voie ferrée est fermée au trafic normal. Les travaux vont durer jusqu'à l'arrivée des alliés en 1944. Il y a 38 ouvrages dans l'enclos du camp actuel. Des dizaines d'autres sont dispersés un peu partout dans un rayon de plusieurs kilomètres. De taille très variable, certains abris souterrains ont plus de deux mètres d'épaisseur. Il pourrait y avoir 400 ouvrages au total. Des installations électriques puissantes et autonomes alimentaient le camp. Des liaisons téléphoniques reliaient chaque poste où cela était nécessaire. L' alimentation en eau était assurée par le captage des sources locales. Et tout cet énorme travail ne servit à rien. Le 6 juin 1944, les alliés débarquaient en Normandie, les Allemands cédaient du terrain. Hitler n'était pas content du tout. Ce petit résumé en raccourci de l'histoire de MARGIVAL se terminera par une légende.
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